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Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer
Odezenne, Tindersticks, et autres musiques.
Dim 6 Mar 2016
Tindersticks était au Rocher de Palmer le 3 mars dernier, pour interpréter l'intégrale du dernier album « The Waiting Room », dans la lignée du concert donné à la Philarmonie de Paris le 10 février 2015 (et qui fait l'objet d'un enregistrement uniquement en vente le soir des concerts, enregistrement sur lequel on retrouve notamment le très beau thème « Johnny Guitar »).
Concert attendu bien sûr, qui rassemblait un public de fan venu écouter dans un silence intégral la voix étonnante de Stuart Staples, figure emblématique du groupe.
Le raffinement des arrangements, le souci du détail, tout cela est au service de compositions hors du temps, non formatées. C'est là toute la magie de ce groupe intègre ; pas de discours entre les morceaux, de la musique, rien que de la musique. Nous ne sommes plus vraiment habitués à cela, en dehors de quelques ovnis accueillis ces dernières années comme The Apartments ou Lambchop. Une impression que le temps n'a pas de prise sur ces songwriters qui tracent leur route, coûte que coûte.
Rarement nous avons eu l'occasion d'entendre un batteur aussi minimaliste (mais essentiel) que Earl Harvin, qui vient du jazz (cela s'entend) mais a intégré les Tindersticks depuis 6 ans.
Sur le dernier album, « Hey Lucinda » nous permet de retrouver pour un duo avec Stuart Staples la chanteuse Lhasa de Sela, décédée en 2010, qui en 3 albums a occupé une place essentielle dans la musique de ces vingt dernières années.

Autre moment « sur le fil », la projection du film de Noel Magis « Subland », sur le groupe bordelais Odezenne.
Noel Magis a suivi pendant près de 3 ans les membres du groupe, en pleine préparation d'une immersion à Berlin pendant plusieurs mois afin de préparer un nouvel album.
La complicité, l'amitié aussi, qui relient le réalisateur et le groupe sont sans doute à l'origine de ces moments de vérité qui parcourent le film : le groupe oublie la caméra, et surtout ne surjoue pas. C'est là la force de ce documentaire, qui n'est pas un documentaire musical, mais un documentaire sur la musique, sur la préparation, sur la tension aussi, et la fragilité. Ce sont les moments les plus touchants, ces moments rares à saisir, où l'on mesure le doute qui traverse les membres du groupe, les galères dont doit s'occuper Alix, un des membres emblématiques, jusqu'à la location du camion pour aller à Berlin ou régler les galères d'intermittences avec Pôle Emploi…
La force de ce documentaire est bien de montrer tout cela : le pari risqué (mais gagné) du groupe de faire un Olympia à Paris sans actualité particulière, juste une volonté forte d'Odezenne de croire en leur musique, et de prendre ainsi un maximum de risques…
On mesure aussi, à les voir écrire les textes ou travailler les musiques des prochains morceaux, toute la difficulté de cette étape de création, qui n'est habituellement jamais montré. C'est cela aussi qui rend le groupe attachant, et qui fait de ce film un véritable témoignage sur la période de gestation et de conception, que Noël arrive à montrer et à nous faire partager.
Ce très beau documentaire, « Subland » est à voir pour toutes ces raisons, et bien d'autres : le rythme, la qualité des images, l'intelligence du propos. Premier film, sans doute pas le dernier pour le réalisateur, un début de parcours sans faute, en tout cas.

Enfin, quelques mots sur le concert de Charles X le lendemain des Tindersticks. Ce jeune chanteur de Los Angeles, découvert par Nicolas Guibert, est en train de devenir la nouvelle icône de ce mélange « soul-rap » joué en formation minimaliste (contrebasse/platines).
Le résultat est bluffant grâce à la synergie du groupe bien sûr, mais largement aussi par la présence très forte de Charles X. Il donne sans compter, fait des aller-retours réguliers sur les grands standards des années 70 (il confiait, quelques instants avant le concert, devant des lycéens, sa passion pour cette soul des années 70 : Marvin Gaye, Stevie Wonder, etc.).
Le club du Rocher devenait pour l'occasion club new yorkais avec un public non rassasié par le concert, qui aurait aimé continuer à danser sur les musiques old school de DJ Vex…



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