e-Magazine
Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer
Akhenaton IAM Alive ou le plaisir d'être ensemble
Lun 6 Avr 2015
Akhenaton était au Rocher de Palmer le 2 avril dernier pour défendre son dernier album.
Concert en deux parties : 35/40 mns avec Akhenaton, rejoint ensuite par IAM au complet (excepté Imhotep).
Deux heures de concerts dense, où, une fois de plus, nous avons compris pourquoi IAM est le groupe n°1 du rap français, et s'inscrit dans la durée (on pouvait voir avec bonheur deux générations se côtoyer, mais aussi voir une France diverse, métissée, que l'on voit rarement aussi rassemblée autour d'un concert).
Les textes d'IAM résonnent comme autant de « chroniques » de la vie des cités, décrites avec lucidité.
Pas de « batards », pas de « bitch » à tous les coins de phrase, mais des descriptions de la vie quotidienne des cités, entre bande de copains et contrôle de flics.
De l'humour aussi, avec une version devenue irrésistible de « Je Danse Le Mia », sur fond de guitare de Georges Benson…

Lorsque le groupe reprend, à la fin du concert, « Petit Frère » ou « Sous la Même Etoile », c'est toute la salle qui bouge bien sûr, car ces morceaux sont devenus au fil du temps de véritables hymnes inter générationnels.
Au fond, c'est cela qui nous plait avec IAM : cette communion, cette fraternité, et, il faut bien le dire aussi, cette générosité. Akhenaton ne rate jamais une occasion (il l'avait fait il y a deux ans lors de leur précédent passage au Rocher) de rappeler que le groupe a sillonné entre 1991 et 1997 Bordeaux et sa périphérie pour y animer des ateliers.
Pessac, Lormont, Cenon, Floirac, Bassens, Talence, Mérignac, Eysines, même Pauillac , ont résonné pendant toutes ces années avec la venue régulière du groupe pour des ateliers de danse, de dj avec Kheops, d'écriture., de graff (avec Jay One de BBC puis avec la Force Alphabetik).
J'ai eu l'occasion de raconter l'émotion d'animateurs présents lors de ces ateliers à voir des jeunes de 12, 13, 14 ans, s'inscrire et venir passer le dimanche après midi à travailler avec Akhenaton sur des ateliers d'écriture. Les mêmes qui au collège étaient en situation d'échec… Il fallait entendre Akhenaton parler poésie, goût de l'écriture, plaisir du beau texte, à des jeunes captivés.
Jeudi dernier, nous avons pu, une fois de plus, mesurer tout le talent d'IAM.
Et la force de ce groupe, qui sait d'où il vient (Akhenaton ne manque pas de dédicacer le concert aux jeunes de la rive droite et d'ailleurs rencontrés dans les ateliers ils y a 25 ans) est là : IAM parle toujours à celles et ceux qui aiment le rap. Au fil du temps, les instrus ont été encore plus travaillées, et, en réécoutant l'Ecole du Micro d'Argent puis Ombre et Lumière on mesure l'ampleur de l'œuvre. Celles et ceux qui doutaient il y a 25 ans de l'impact et de la durée de cette culture qui se mettait en route peuvent aujourd'hui revoir leurs analyses : le rap est présent, dans tous les quartiers, parle à toutes les couches sociales, et, en voyant les visages heureux à la fin du concert jeudi dernier, en croisant aussi des « anciens jeunes » qui avaient participé aux ateliers et qui voulaient absolument saluer et remercier Akhenaton et les autres, j'étais je l'avoue assez fier d'avoir fait confiance il y a 25 ans à ces « bad boys de Marseille ». Une histoire assez étonnante, dont le pivot fut Angelo, un jeune gars de Seine St Denis, organisateur de soirées rap, et des premiers concerts rap à Paris et en banlieue parisienne. Correspondant de la Zulu Nation d'Afrika Bambata, il défendait les valeurs de ce dernier (respect, égalité, bon esprit). C'est Angelo qui fut la « cheville ouvrière » de ces concerts et ateliers, lui qui eut cette idée géniale. Défendre les valeurs du rap dans les cités sous forme d'ateliers d'initiation. Aujourd'hui, Angelo est devenu le « boss » de Live Nation France, un des plus gros producteurs américains, l'organisateur de la plupart des gros concerts au Stade de France par exemple. Mais cette tournée d'IAM et Akhenaton s'est montée avec lui. Au fond, c'était troublant de se retrouver (même si Angelo n'a pu venir à Cenon pour le concert), comme en 1991, lorsque nous avons mis en place « Rap dans les cités » qui, avec le Festival des Hauts de Garonne, allait donner envie aux élus, partenaires etc. de développer une politique culturelle originale sur la rive droite de Bordeaux, et donner naissance, des années plus tard, au Rocher de Palmer. Le Rocher est le fruit de tout ce travail, et il faut bien, de temps en temps, raconter la genèse !
Pour dire aussi que la ténacité (IAM, Angelo, Musiques de Nuit) est parfois récompensée… Là où la plupart des groupes de rap de cette époque ont aujourd'hui disparu, IAM persiste et signe.
Ovation méritée jeudi soir, on attend le nouvel album du groupe (courant 2016), et une nouvelle tournée, bien sûr. En attendant, rv le 23 mai prochain à Angoulême pour le Festival Musiques Métisses.



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