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Quelques moments de grâce au Rocher, en ce début d'année…

[Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer]

Mercredi 18 février 2015

Il fallait retrouver de l'énergie et une certaine forme de sérénité après les évènements de début janvier.
La musique a ce pouvoir de nous aider à dépasser les douleurs, la tristesse, à procurer une certaine forme d'espérance temporaire certes, mais d'espérance quand même.
Lambchop, venu de Nashville, nous a délivré un concert tout en délicatesse, en retenue. Dans un format devenu rare aujourd'hui (7 musiciens sur scène, quasi acoustique, et ce qui était sonorisé l'était très faiblement), la voix de Kurt Wagner, unique, voix de soul, nous a livré pendant une heure trente ses textes anti Nixon composés en 2000.
Ce fut un moment rare, en dehors du temps. Qui n'était pas sans rappeler l'intensité fragile du concert de The Apartments il y a deux ans.

Quelques jours plus tard, Magma revenait dans nos murs, rendez vous quasi immuable depuis une vingtaine d'année, rendez vous tous les deux ans, afin de reprendre de l'énergie pour deux ans de plus.
Que dire de Magma aujourd'hui, en 2015 ? Que le groupe fondé par Christian Vander n'a rien perdu de son énergie et de son originalité, que les nouveaux morceaux sont superbes, et, comme le soulignait Christian Vander quelques heures avant le concert devant des lycéens, sans doute bien plus accessibles que les thèmes composés en 1971 au début du groupe.
On ne va pas cacher notre plaisir, de voir un Rocher bourré à craquer (une centaine de personnes de plus que deux ans auparavant), pas mal de jeunes présents, pour (re)découvrir ce groupe mythique qui entame « le tour sans fin » comme le proclame le dossier de presse.
Concerts en Chine ( !!) ce qui amusait Christian Vander (« pour des raisons de censure, il faut envoyer les textes en amont des concerts ; comment vont ils faire pour lire le kobaïen ? »), mais également tournée aux Etats Unis (concerts à Chicago complet plus de trois mois avant la date), en Lituanie, au Japon…
C'est bien tout l'enseignement à retirer de cette ténacité, de cette fidélité (à une certaine conception de la musique, du marché, de l'industrie), qui n'a jamais fléchie. J'ai eu l'occasion de le dire plusieurs fois, mais cet engagement, cette nécessité de ne jamais dévier m'ont et nous ont inspiré à Musiques de Nuit. Dans les moments de doute, de renoncement, l'exemple Magma s'imposait. Peu de groupes, très peu de musiciens seront allés au bout d'un tel engagement. Pour toutes ces raisons, et d'autres plus personnelles, pour cette musique qui a bouleversé nos vies, merci, Christian, Stella et les autres.

Pierre Lapointe est un drôle d'animal. L'écoute de son dernier disque (« Paris tristesse ») confirme tout le bien qu'on a entendu de lui. La rigueur de l'écriture (il y a longtemps que nous n'avons pas lu des textes aussi bien écrit dans ce fatras qu'est la chanson d'expression française aujourd'hui), la sobriété des musiques, ces mélodies jouées au piano, sans autre artifice, tout cela fait de Pierre Lapointe un OVNI dans le paysage musical actuel. Des textes d'amour qui parlent de rupture, de sexe, d'amour, tout cela entrecoupé entre chaque chansons de traits d'humour qui « allègent » la gravité du propos, font d'un concert de Pierre Lapointe un moment assez rare, où l'on retrouve, là encore, une communauté de fans.
Il y a bien sûr une filiation forte (Léo Ferré, et pas seulement par la reprise superbe de « C'est Extra », Barbara, Richard Desjardins et quelques autres) avec les chanteurs et compositeurs chez lesquels le texte occupe une place centrale. Mais il ya aussi une forme de désinvolture qui fait du bien, de légèreté, qui nous dit que rien n'est grave, y compris la séparation de l'être aimé.
Le concert terminé, Pierre Lapointe revient sur scène pour un dialogue avec la salle. Pas question de le généraliser, bien sûr, mais quand même une sacrée idée, un moment particulier où l'artiste semble se dévoiler et nous livrer encore une part de lui même, complémentaire de celle que nous avons entrevue pendant le spectacle.

A suivre : Ernst Reijseger le 4 mars à 18H30 (gratuit), Orange Blossom le 5 mars à 20h30, Vincent Peirani avec Michel Portal et Emile Parisien (6 mars).

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