e-Magazine
Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer
Il y a parfois des déceptions sévères…
Dim 24 Mar 2013
Il y a parfois des déceptions sévères… Ce fut le cas hier soir avec le concert de Patricia Barber (23 mars, le Rocher 650).
A l 'écoute de ses enregistrements, nous fumes nombreux à nous enthousiasmer pour cette chanteuse originaire de Chicago. La qualité des compositions, allant bien au delà du jazz (flirtant parfois avec le folk ou la pop), et une voix forte, à l'aise dans des répertoires très différents ont achevé de convaincre que Patricia Barber avait sa place dans la cour des grandes (chanteuses).
Nul n'est à l'abri d'un mauvais concert, pour de multiples raisons. Hier soir, nous avons eu un concert bâclé (rappel au bout d'une heure dont 10 minutes de concert du trio qui l'accompagnait), quelques rappels dont une belle version de « Light My Fire » des Doors.
Mais cette version assez orginale (transformée en balade) ne pouvait faire oublier le reste.
Impossible de rentrer dans ce concert qui ne dégageait aucune énergie, comme si tout le monde sur scène était las et cherchait à gagner du temps histoire de respecter le contrat…
Est ce la dégustation de vins avant le concert (nous avons cru bon de faire plaisir à l'artiste en organisant cette petite dégustation, mais il semble qu'elle en ait largement abusée) ?
Visiblement, nous n'étions qu'une poignée de déçus, le public lui réservant une standing ovation…
Pour autant, que cela ne vous décourage pas d'écouter son dernier très beau disque, « Smash » (qui me fait parfois penser au disque de Kate Bush « 50 Words for Snow »), ou un peu plus ancien, « Mythologies ».

Il y eut, heureusement, de biens beaux concerts depuis ce début d'année.

Mieko Miyazaki et Guo Gan (près de 200 personnes pour cette soirée « Diva » exceptionnelle), et, toujours en janvier, les concerts de Manu Katche et Magma.
Ces deux derniers concerts s'inscrivaient dans le cadre de parcours scolaires.
Une classe de seconde (collège de Lormont) pour Manu Katche, une classe d'un lycée professionnel section mécanique auto pour Magma.
Précédés d'une écoute musicale bien en amont, ces parcours permettent à des scolaires de rencontrer l'artiste le jour du concert et d'assister au concert.
Manu Katche, puis Christian Vander le lendemain, ont passé près d'une heure à échanger, à répondre aux questions qui leur étaient posées par les jeunes.
Une occasion de découvrir dans un autre contexte, plus posé, plus détendu, des musiciens importants.
L'écoute du concert s'en trouve modifiée : la rencontre avec des personnalités fortes comme Manu Katche et Christian Vander, deux des batteurs les plus importants d'aujourd'hui, ne laisse pas indifférent. Leur disponibilité (Manu Katche s'est félicité plusieurs fois que de tels moments de rencontres avec des jeunes existent), a contribué fortement à une attention particulière pendant le concert.
La musique de Manu Katche, très écrite, est renforcée cette année par la présence du trompettiste norvégien (mais il est bien plus que ça, il invente de nouvelles sonorités à la trompette) Nils Peter Molvaer.
Ce fut un Magma soudé, énergique, (malgré Christian Vander malade), qui interpréta le dernier album et le thème qui lui donne son nom, « Felicité Thösz », condensé de gospel, de soul, de toute la musique de Magma.

Christian Vander et Stella Vander vouent, depuis longtemps, une passion et une grande admiration au pianiste Michel Graillier. Il fut de l'aventure Magma, puis pièce essentielle d'Alien trio.
Michel Graillier nous a quitté en 2003. Ces jours ci, est sorti un très bel enregistrement en piano solo, live, enregistré dans le club parisien Le Petit Opportun. On y entend les musiques et les thèmes qu'aimait « Mickey », de Tom Jobim à Herbie Hancock en passant bien sûr par son idole, Mc Coy Tyner. « Il posait les mains sur un piano et c'était déjà de la musique » écrit Christian Vander.
Ce disque, vous pouvez le trouver pour encore quelques semaines à la boutique Harmonia Mundi rue des Remparts à Bordeaux. Pour quelques semaines seulement, car Harmoni Mundi a décidé de fermer un grand nombre de ses boutiques en France, dont celle de Bordeaux. Jean, vendeur émérite qui a su donner une âme à ce magasin, doit se résoudre à fermer ce qui reste un des derniers disquaires indépendants de Bordeaux.

La semaine passée, devant une poignée de fidèles, Mike Lindsay alias Cheek Mountain Thief, entouré de six musiciens, a donné un magnifique concert, à hauteur de l'album éponyme.
Du folk optimiste ( !) puissant, pour cet anglais parti se ressourcer en Islande et qui a publié un des très beaux disques de cette fin d'année 2012.

Agujetas était dans nos murs en février. Cet immense chanteur de flamenco, analphabète, ancien forgeron, chante le flamenco comme personne. Il est habité par ces chansons transmises oralement, et se lève de sa chaise à la fin des morceaux, quand l'émotion est à son comble.
Tout est condensé dans ce personnage de plus de 70 ans : l'histoire du flamenco se joue là, sur scène, dans ces moments d'extrême complicité avec le guitariste, dans ces histoires d'amours déçus, de vie et de mort.
La puissance du chant et de la musique.


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