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Doudou N'Diaye Rose nous a quitté le 19 aout dernier...

[Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer]

Samedi 29 août 2015

Doudou N'Diaye Rose, légendaire percussionniste du Sénégal, nous a quitté le 19 aout dernier.
Celui qui a popularisé le Sabar, ce tambour sur lequel on tape avec une baguette, était venu plusieurs fois à Bordeaux.
Le moment marquant fut la 3è édition du Festival des Hauts de Garonne. Encore sous le « choc » de Moleque de Rua, ces brésiliens qui avaient animés des ateliers dans les centres sociaux de la rive droite et participé à des débats le soir dans les quartiers, nous étions à la recherche d'un groupe ou d'un artiste aussi mobilisateur. Jacques Pasquier (Maison des Enfants du Monde), qui était à l'origine de la venue de Moleque de Rua en France, eut l'idée de proposer à Doudou n'Diaye Rose de venir avec un groupe de jeunes, garçons et filles, de Dakar pour faire un travail similaire.
Nous avons donc accueilli, en ce mois de juillet 1995, Doudou n'Diaye Rose avec les Roseaux et les Rosettes…
Deux semaines d'ateliers de percussions, initiation, sensibilisation, furent mis en place.
Le soir, comme nous l'avions fait l'année passée, nous organisions des soirées de débat, avec un repas préparé par les habitants, et une discussion autour d'un thème, avec des invités. Ces moments de discussion fascinaient Doudou. Il était grippé, mais tenait à animer ces soirées, à les présenter. C'est lui qui, au détour d'une conversation, me dit : « Mais ces moments là, c'est ce qu'on appelle chez nous les Arbres à Palabres ! ».
Le nom était trouvé ! Ces arbres à palabres ont duré plusieurs années.

Cette année là, la soirée emblématique du festival se déroulait dans le Parc Palmer à Cenon. Sous un grand arbre, Doudou n'Diaye Rose et les jeunes percussionnistes montraient le travail réalisé (avec deux « élèves » particulières, Hélène et Célia Faussart, les Nubians, qui ont par la suite fait la carrière que l'on sait –plus de 500 000 albums vendus, et des tournées sans fin aux Etats Unis.).
Sous chapiteau, se produisait un peu plus tard Neneh Cherry, Khaled, et The Roots…
Quelques jours plus tard, nous amenions Doudou et toute la troupe au Festival de Jazz de Cussac Fort Médoc, dont nous assurions la programmation. Doudou voulait absolument voir le concert de James Brown, et, si possible, le rencontrer.
Après discussions avec l'armada d'avocats qui entouraient le roi de la soul, la rencontre eut lieu. James Brown le prit dans ses bras et le serra très fort… Doudou, petit homme frêle, me raconta plus tard qu'il avait « l'impression d'avoir été serré par un taureau » !
Par la suite, Doudou revint avec son groupe de tambourinaires : à la salle du Vigean à Eysines notamment (deux fois), mais également à Lormont, à Bassens, ainsi qu'à la Rockschool Barbey pour un concert en clôture de l'exposition Ousmane Sow qui se déroulait sur les quais.
Ce qui frappait était la disponibilité de Doudou n'Diaye Rose envers tout ceux qui l'abordaient. Et son regard, d'une grande douceur.
C'est aussi un des derniers (le dernier peut être) de cette génération, qui faisait vivre tout un quartier soit quelques centaines de personnes, par les concerts qu'il faisait dans le monde entier. Comme Fela, Doudou racontait que les gens l'attendaient à l'aéroport de Dakar après chaque retour de tournée, avec leurs factures à payer. Et Doudou les aidait.

C'était cela, Doudou n'Diaye Rose.

J'avais eu la chance de le retrouver à Dakar, chez lui, lorsque nous avions emmené plusieurs jeunes de la rive droite qui avaient participé aux ateliers de juillet 95.
Le concert final, dans un quartier de Dakar, à minuit, fut un grand moment : imaginez une dizaine de jeunes se retrouvant à jouer des percussions devant un public sénégalais, avec l'appui des fils de Doudou venus renforcer le groupe !
Doudou avait tenu à organiser ce concert, à présenter ces jeunes, à parler du plaisir et de la fierté qu'il avait à partager avec les autres.

Toutes ces rencontres avec lui ont véritablement participé à la construction de Musiques de Nuit ; son envie de partager, de transmettre, ont été une grande leçon pour nous.

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