e-Magazine
Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer
Détroit
Lun 30 juin 2014
Vous avez été nombreux à prendre vos places, très vite, le concert du 1er octobre est complet.
Nous sommes heureux de vous annoncer qu'une deuxième date avec Détroit aura lieu le 2 octobre, 20h30, au Rocher de Palmer.
Détroit : Destreit, du latin districtus « empêché, enchainé »… a donné aussi détresse… qualifiait un passage étroit… puis bras de mer resserré…le sens figuré « moment critique » est obsolète ». (texte figurant sur le disque « Horizons »).

Et lire Attila Jozsef :
« Eclaire ton enfant, tu m'entends :
car les brigands, ce sont les gens ;
sorcières-mégères et harengères…
… Des loups ? Non…des chiens en colère
qu'ils marchandent ou qu'ils philosophent,
ils échangent espoir contre argent ;
charbon, amour et sentiments,
même ce poème, en les vendant.
Et console-le et dis lui
mon enfant : c'est vrai, c'est ainsi.
Murmure-lui le conte récent,
du communisme fascisant -
puisqu'il faut de l'ordre pour l'homme,
que l'ordre est là pour faire sa ronde,
que deviennent rentables nos mômes,
défendre ce qu'on aime du monde.
Et si l'enfant reste bouche bée,
te regarde ou veut pleurnicher,
ne sois pas dupe, et ne crois pas
que ton conseil l'endormira.
Regarde, il lance, le nourrisson
pour être plaint, des cris stridents,
et s'il rit au sein blanc, glouton,
il fait pousser ongles et dents. »


Il y a d'abord la pochette d'« Horizons », ce chemin brûlé sous le soleil, et ce ciel envahit de nuages blancs.
Après quelques accords de guitares la voix de Bertrand Cantat arrive, cette voix unique, et avec « La Muse » « les braises incandescentes sont sous la cendre froide ».
Paru en novembre dernier, le nouveau projet de Bertrand Cantat et Pascal Humbert, « Détroit » est bien une étape supplémentaire, une page Noir Désir tournée. Déjà, lors de la représentation de la trilogie de Sophocle « Des Femmes », mis en scène par Wajdi Mouawad, la partie musicale tenait une très grande place, et, il faut bien le dire, Bertrand Cantat investit à 300 % dans le projet éclatait, renaissait.
Avec déjà à ses côtés Pascal Humbert (bassiste de 16 Horsepower), Bertrand Cantat accomplissait l'exploit de faire passer les textes de Sophocle pour des compositions de Noir Désir, voire de Détroit. Il faut se rappeler cette interprétation incroyable, dans la posture de certains chanteurs de flamenco (on pense à Camaron, bien sûr, cette intensité explosive, ce bouillonnement intérieur contenu), d'un Cantat seul se transformant en gitan, possédé par el duende, ce sentiment très particulier de la culture flamenca, ce démon intérieur qu'il semblait maitriser. Ce soir là, en juin 2011, nous eûmes l'impression d'assister à une résurrection.

Deux ans et demi plus tard, l'écoute de « Horizons » nous bouleverse et, paradoxalement nous permet de retrouver un Bertrand Cantat en partie apaisé.

« Rien ne pourra jamais nous enlever nos frissons
On mixera la voute céleste avec le macadam
Et tu m'emmèneras » (Ange de Désolation)

Aussitôt suivi par « Horizon », les néons d'une cellule, « cherche ton horizon entre les cloisons », l'enfermement, la presse abjecte.
Tout l'album nous transporte dans un univers souvent tourmenté, « tous les jours on retourne la scène », la musique est douce, guitare et violoncelle, on a rarement entendu de tels arrangements. On est très loin de Noir Désir, quoique…
« Avec le temps » rappelle la passion pour Ferré, déjà présente (« Des Armes », texte inédit repris par Noir Désir), on rêve d'entendre « Il n'y a plus rien » un jour par Cantat, le seul capable aujourd'hui d'interpréter de manière actuelle Ferré, et on le remercie de maintenir Ferré vivant auprès de nouvelles générations.

Sur scène, il y aura tout ça, bien sûr, mais aussi « le vent l'emportera », « des armes », et bien d'autres choses. Et puis, peut être, au détour d'une rue, comme devant la Cigale à Paris ou le Krakatoa à Mérignac, une version de « Comme elle vient » à vous tirer les larmes. Car Bertrand Cantat et Pascal Humbert, éternels ados, aiment retrouver leur public pour une jam improvisée.

Nous sommes vraiment heureux d'accueillir Détroit le 1er octobre au Rocher.


Photos : Détroit par Yann Orhan


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