e-Magazine
Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer
Nous avions 15 ou 16 ans
Mer 7 Jan 2015
Nous avions 15 ou 16 ans, au milieu des années 70, dans une France giscardienne sclérosée. La sexualité était encore tabou, internet n'existait pas, et nous attendions avec impatience la fin de la semaine pour acheter Charlie Hebdo.
Nous aimions l'impertinence politique de Charlie, les couvertures qui nous faisaient hurler de rire : « tête de nœud président » avec Giscard, « La sainte vierge violée par les rois mages : ils étaient trois dont un nègre », etc, etc.

Cette impertinence nous était indispensable, vitale, nous aidait à tenir dans ces années d'adolescence difficiles, faites de révolte, de frustration, de colère…

Charlie n'avait peur de rien : tout était sujet à rire, et c'est cela que nous aimions, et que nous aimons toujours.
Les dessins de Cabu , de Wolinski, de Willem, de Reiser (ah ! Reiser, j'avais un faible pour lui !), les éditos de Cavanna, tout cela nous aidait à tenir le coup, et nous a aussi « formé » politiquement à l'impertinence et à une certaine forme de générosité.

C'était tout cela, Charlie Hebdo.
S'attaquer à ce journal, c'est symboliquement très très fort. Charlie Hebdo était résolument antifasciste, et ceux qui ont assassiné aujourd'hui sont des fascistes.
Il faut appeler un chat un chat et un fasciste un fasciste.
Récemment, les Kurdes rassemblés à Bordeaux place de la Victoire , bien seuls à défendre nos libertés , dénonçaient « les fascistes de l'Etat islamique ». Une femme âgée de 70 ans, arrivée de Syrie, racontait la barbarie à laquelle elle avait échappée mais pensait à ses filles restées là-bas. Nous ne pouvons ignorer la barbarie qui se déroule sous nos yeux en Irak, en Syrie, en Lybie, dans une partie du Nigéria.
On savait que cette barbarie allait s'exporter, et nous n'avons rien fait. Et dans le même temps, les discours les plus islamophobes sont relayés dans les médias au nom d'un soi-disant débat d'idées !
Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à Charlie Hebdo, aux valeurs défendues par les dessinateurs et journalistes, est bien de réagir, de nous battre pour les valeurs qui nous ont aidé à grandir, de ne pas faire preuve de complaisance et de continuer à rire des religions, de toutes les religions. Pour se dire qu'aujourd'hui ce n'est pas notre jeunesse qui est assassinée.



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