e-Magazine
Par Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer
Une quinzaine qui se termine mal...
Dim 27 mai 2012
Lundi 14 mai : pendant trois jours, nous accueillons une installation des plasticiens de l'Ouvre Boîte qui ont mené un travail original en créant le lien entre le Foyer du Cypressat (handicapés moteurs et mentaux) et le lycée professionnel de La Morlette, notamment les jeunes filles qui suivent la formation « assistance à la personne ».
Un beau travail photo, dans lequel chacun s'est livré, apportant un objet fétiche, rédigeant un « J'aime/J'aime pas » assez troublant, bref : l'intime est au centre de ce travail, et lors de l'inauguration, nous avons pu voir les liens qui se sont créés pendant tous ces mois de préparation, ce climat de confiance qui s'est installé. Un autre regard sur le handicap.



Mardi 15 mai : Assemblée Générale de Musiques de Nuit : moment important car il s'agit de présenter le bilan moral et financier de l'année écoulée. Pour nous, cette première année intégrale de 2011 avait valeur de test. Nous étions « attendus au tournant », mais voilà : le Rocher, ça marche. Le bilan d'activité est impressionnant. Je le dis en toute modestie, ce succès étant bien sûr partagé par toute l'équipe de Musiques de nuit, peu de structures culturelles en Aquitaine peuvent présenter un bilan d'activité aussi riche : plus de 80 concerts (dans et hors les murs, Musiques de Nuit continue son travail de partenariat donc de programmation avec Eysines, Lormont, Marcheprime, Pessac, etc), mais surtout un volet énorme d'actions dites de sensibilisation mais qui aujourd'hui ne le sont plus. Car lorsqu'on regarde de près les actions menées (ateliers, écoutes de musiques favorisant la découverte et la curiosité, workshops, créations collectives, expositions, réunions, etc. etc. ) on se dit qu'il se passe effectivement quelque chose de particulier autour de ce Rocher de Palmer. Tout ce travail s'inscrit dans la durée, la continuité également, créant un lien nouveau avec les différents individus concernés.
Nous avions imaginé le Rocher comme un laboratoire, un espace d'expérimentation : au bout d'un an d'activité, nous y sommes. Le challenge, maintenant, c'est de développer tous ces projets, d'aller encore plus loin. En terme d'ouverture du lieu, difficile de faire plus : entre l'activité de Musiques de Nuit et celle de l'Etablissement Public qui s'occupe des locations pour certains spectacles, mais également des congrès, colloques, etc., le Rocher est ouvert, comme le restaurant Ze Rock : 7 jours sur 7 !
Le bilan d'activité sera prochainement en ligne sur le site du Rocher.
Quant au bilan financier, malgré des baisses de subventions en cours d'année, des concerts et diverses activités qui se sont rajoutés, il est positif et nous terminons avec un léger excédent…
Le budget 2011 est de 2 800 000 euros (il était de 2 200 000 au prévisionnel), en augmentation grâce notamment à la billetterie des concerts, plus importante que prévu.



Vendredi 18 mai : Sexion d'Assaut est en concert à la Médoquine.
Le groupe que nous avions soutenu dès l'ouverture du Rocher est en train de devenir le groupe de rap français le plus important (2 Bercy à Paris !). Leur concert que nous avions programmé à la Médoquine (3 000 places) fut complet assez rapidement, quasiment sans communication…
Le nouvel album est un bon disque, le groupe est consensuel, le public très jeune, mais les parents suivent, et prennent plaisir.
Prochaine étape : Sexion à l'assaut de la Patinoire ?



Samedi 19 mai : Youn Sun Nah à Eysines.
La chanteuse d'origine coréenne dont l'album sorti en 2011 fut meilleure vente jazz en France (plus de 50 000 ex vendus), a rempli la salle du Vigean, en plein « pont » de l'Ascension…
Le concert a été à la hauteur du disque : un très grand moment.
Nous avons aimé le disque, sa reprise de Metallica (« Enter Sandman »), les arrangements subtils sur « My Favorite Things », « Same Girl » de Randy Newman…
Sur scène, la formation qui accompagne Youn Sun Nah (guitare, contrebasse, accordéon) sert à merveille la chanteuse.
A quelques minutes de la fin du concert, elle interprète une version de « Avec le Temps » qui restera dans les mémoires. Sans doute une des plus belles interprétations après celle de Ferré.



Vendredi 25 mai : nous apprenons le décès de Gabi Farage, co-fondateur du Bruit du Frigo et de Pola, des collectifs d'artistes, d'architectes, d'urbanistes, qui ont apporté ces dernières années un regard neuf sur les pratiques urbanistiques et l'action culturelle.
Gabi, personnage brillant, a initié avec le Bruit du Frigo, de nombreux projets innovants, en ayant le soucis permanent d'impliquer activement celles et ceux qui sont directement concernés. Ne pas faire à la place de mais avec.
Et ça marche, bien sûr. L'expérience du Jardin de ta sœur à Bordeaux Nord fut un bon exemple : à partir d'une friche, réappropriation par les habitants et multiples rencontres culturelles. J'y avais présenté une « sieste musicale » il y a trois ans, et j'en garde un excellent souvenir : beaucoup de monde, attentif, curieux, plus de deux heures à faire écouter et parler de musique…
Le projet défendu par Gabi et celles et ceux qui participent à l'aventure du Bruit du Frigo n'a jamais été reconnu ou soutenu réellement par les pouvoirs publics, dont le premier concerné, la Mairie de Bordeaux : sans doute trop subversif, trop inclassable.
Gabi s'était impliqué fortement dans Evento en particulier le projet place André Meunier (théâtre, jardins, forums). C'est là que je l'avais croisé pour la dernière fois.
Lui qui était un vrai moteur d'action culturelle efficace, lui qui savait travailler sur l'implication des habitants (les « vrais habitants », comme il disait), devait trouver indécent l'écart monumental entre les moyens dont disposait Evento et les quelques subsides qui furent attribués au Bruit du Frigo.
Son sens de la répartie, son humour aussi, vont nous manquer.